23 août 2005

"...Ni peur, ni inquiétude. Dieu ne peut que nous aimer..."

Frère Roger

UN EBLOUISSEMENT D'AMOUR




C'est ce à quoi Frère Roger a pensé en lisant sur son lit de malade à l'âge de quinze ou seize ans, la belle histoire de Port-Royal des Champs, celle-la même qui l'a mené à la naissance des années plus tard, de la communauté. C'est ainsi qu'est né Taizé, la volonté d'une vie commune au service de l'amour, dans la plus complète liberté, pour en finir avec la séparation qui le faisait tant souffrir enfant. C'est en hommage à tout cela que nous étions des dizaines de milliers à nous recueillir sur la colline aujourd'hui, pour cela que le Président allemand Horst Köhler s'était déplacé, de nombreuses personnalités et les représentants de toutes les églises chrétiennes du monde.
C'est pour cela que les télévisions et les radios étaient là défigurant un peu l'aspect habituel des lieux mais avec beaucoup de respect, beaucoup de recueillement et une grande et véritable émotion. Tout est resté très simple, dans l'esprit exact de la communauté.
La petite lumière passée de main en main tandis que Monseigneur Gundaïev (évêque orthodoxe russe du Patriarcat de Moscou) disait la grande prière de la liturgie orthodoxe de l'à-dieu, exprimait tout l'amour, toute la reconnaissance, que nous devons à Frère Roger. Les jeunes ne s'y trompent pas qui depuis de nombreuses années, génération après génération, viennent à Taizé ou rejoignent les grandes rencontres organisées par la communauté.
Je pensais qu'après un certain âge, on est un peu déplacé sur la colline, dans cette église de la Réconciliation. La présence cet après-midi de milliers de croyants, tous recueillis, émus, me contredisait : Taizé et sa liturgie, les frères et le message qu'avec Frère Roger ils ont transmis patiemment à des générations, rend les coeurs pacifiés sans âge : face au mystère de ce "petit printemps de l'Eglise", nous sommes tous des enfants et Taizé nous accueille en tant que tels. Et les larmes versées furent dans le fond les larmes d'une immense joie, celle transmise par Frère Roger, la joie du Christ !

21 août 2005

jalons d'une vie au service de l'Amour...


Celui qui a su créer à Taizé une véritable "parabole de communion", Frère Roger, a fêté son 90ème anniversaire, le jeudi 12 mai, dans la discrétion de sa communauté.
Fils d’un pasteur réformé suisse, Roger Schütz avait étudié la théologie à Lausanne. En 1940, alors âgé de 25 ans, il choisit le village de Taizé en Bourgogne pour s’y installer, à la suite de l’appel que lui lance une vieille femme du village, qu’il rencontre ce 25 août 1940 et qui lui dit : "Restez donc ici, nous sommes si seules et l’hiver est si long".
Dès les premières années de solitude et d’aide aux juifs et aux réfugiés politiques, naîtra ce que Jean XXIII aimait appeler "le petit printemps de Taizé".

Sa grand mère maternelle, de souche protestante évangélique, se rendait souvent dans une église catholique pour prier, sans rien renier de la foi héritée de ses ancêtres. Frère Roger dira ce qu’il lui doit devant Jean Paul II, à Rome en 1980, "Marqué par le témoignage de sa vie, j’ai trouvé à sa suite ma propre identité de chrétien, en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque".

Et c’est cela qu’il va vivre à Taizé et qu’il va faire découvrir à tant et tant de jeunes, qui se retrouvent, au nom du Christ, au-delà de leurs différences confessionnelles, culturelles, économiques ou politiques. Chaque année, ils sont plus de 100 000 venus de France, d’Allemagne, de Pologne, de Roumanie, de Croatie, de Russie, mais aussi, et de plus en plus, des pays scandinaves, pour séjourner sur la colline de Bourgogne et "aller aux sources du Christ par la prière, le silence".

Cette "parabole de communion" dépasse largement la colline de Taizé. Car si frère Roger a une vocation, c’est bien celle d’être un passeur de Dieu. Dès les années 1950, il a envoyé des Frères vivre dans des lieux défavorisés du monde pour y être témoins de paix aux côtés de ceux qui souffrent. Aujourd’hui, des petites fraternités existent au Brésil, au Bangladesh, au Sénégal, en Corée du Sud.

Après le "concile des jeunes" dans les années 1970, il a lancé en 1982 un "pèlerinage de la confiance sur la Terre", jalonné de rencontres, comme celles qui ont lieu chaque fin d’année dans une métropole européenne, ou celles qu’il s’efforce d’organiser en Inde, aux Philippines, en Afrique du Sud, ou plus simplement à Taizé, en invitant des jeunes venus du Sud à partager leurs intuitions et leurs questions avec les Européens.

Taizé n’est pas un mouvement, mais un seuil, un appel. Et cet idéal de récnciliation, les évêques suisses l’ont a souligné dans la lettre qu’ils lui ont envoyé le 11 mai : "En s’engageant pour la coexistence pacifique de tous les hommes, frère Roger est l’image même de l’idéal chrétien, de l’œcuménisme vécu et un exemple pour nous tous".

Pour son engagement en faveur de la paix Frère Roger a reçu plusieurs prix, notamment en 1988 le prix de l’Unesco pour l’éducation à la paix.

Source : InfoCatho

DES TEMOIGNAGES DU MONDE ENTIER

Parmi les messages reçus :

Secrétairerie d’Etat du Vatican
Le 17 août 2005
Frère Alois, Chers Frères,
Apprenant avec une vive émotion le décès tragique de frère Roger, survenu dans l’Eglise de la Réconciliation, le Saint-Père fait monter vers Dieu une fervente prière pour le repos de l’âme de ce témoin infatigable de l’Evangile de paix et de réconciliation. A l’époque où, à Lyon, le Père Couturier mettait en oeuvre ses inspirations oecuméniques, Frère Roger, homme de foi aimant passionnément l’Eglise, fondait à Taizé une communauté qui verra venir à elle des jeunes du monde entier. De nombreuses générations de chrétiens, dans le respect de leur confession propre, y feront une authentique expérience de foi, dans la rencontre avec le Christ, grâce à la prière et à l’amour fraternel, répondant ainsi à son invitation à vivre l’unité par le lien de la paix. Le Saint-Père rejoint dans la prière les Frères de la Communauté de Taizé, ainsi que toutes les personnes touchées par ce deuil, et il les confie au Seigneur afin qu’ils trouvent la force de poursuivre l’oeuvre de réconciliation commencée par Frère Roger. En gage de réconfort dans cette douloureuse épreuve, Sa Sainteté leur accorde de grand coeur la Bénédiction apostolique.

Cardinal Angelo Sodano
Du Patriarcat Œcuménique

À la Communauté de Taizé en France, bien-aimée à notre Modestie dans le Seigneur : Grâce et paix de la part de Dieu. C’est avec une tristesse extrême que nous avons appris la nouvelle du décès bien tragique du fondateur de votre communauté, le bien-aimé et profondément respecté Frère Roger. Nous savons que sa mort insensée a touché non seulement votre Communauté, mais tous ceux qui l’ont connu et aimé. Dans votre deuil et tristesse si compréhensibles, nous voulons vous exprimer nos condoléances personnelles, comme ceux du Patriarcat Œcuménique. Que Dieu donne le repos à l’âme de Frère Roger, et à votre Communauté qu’il accorde la force et la sagesse pour supporter cette heure d’épreuve. Nous nous souviendrons de lui toujours pour sa contribution au mouvement oecuménique et pour son amour envers la jeunesse du monde entier. A vous, Communauté de Taizé, encore une fois nous exprimons du profond du coeur notre sympathie et invoquons sur vous la miséricorde et l’amour infinis du Dieu Tout-puissant pour vous aider et vous consoler.
Au Patriarcat, le 18 août 2005
Bartholomeos, Archévêque de Constantinople Nouvelle Rome et Patriarche Œcuménique
De Sa Sainteté Le Patriarche de Moscou et de toute la Russie, Alexis, A frère Alois, Prieur de la Communauté de Taizé
18 août 2005
Cher frère dans le Christ !
C’est avec une profonde douleur que j’ai appris la mort tragique du fondateur de la communauté de Taizé, frère Roger, dont le chemin sur la terre a été un exemple de vie chrétienne, en se consacrant au service du Seigneur. Frère Roger était connu dans le monde entier comme fondateur de la Communauté de Taizé, dont il a été à la tête pendant plus de 60 ans. Homme à la parole inspirée, homme de prière, travailleur zélé dans le champ du Christ, sa recherche infatigable à établir des relations de paix et d’amour entre les chrétiens et son engagement à transmettre l’idéal chrétien aux jeunes européens lui ont acquis un respect universel. Je suis convaincu que la mort tragique de frère Roger est une immense perte pour le monde chrétien tout entier. J’exprime mes sincères condoléances à tous les membres de la Communauté de Taizé et je prie pour le repos de frère Roger, nouvel habitant du ciel.
Alexis, Patriarche de Moscou et de toute la Russie

De l’Archevêque de Cantorbéry

Mes chers frères et amis,
Comme vous tous, j’essaie encore de comprendre la terrible tragédie de la semaine dernière. Mais aujourd’hui est une occasion non seulement de deuil, mais de célébration pour l’oeuvre extraordinaire accomplie par notre cher Frère Roger. Il y a très peu de gens dans chaque génération qui arrivent à transformer de fond en comble le climat d’une culture religieuse ; mais voilà précisément ce qu’a fait Frère Roger. Il a changé le cadre de référence pour l’oecuménisme par le défi lancé à des chrétiens d’appartenances diverses à vivre ensemble la vie monastique ; il a changé l’image du christianisme lui-même pour d’innombrables jeunes ; il a changé la perception qu’avaient les églises de la priorité absolue de la réconciliation, d’abord dans l’Europe de l’après-guerre, puis à travers le monde. Et ce qui est peut-être le plus important est la manière dont il a fait tout cela sans occuper une position d’autorité hiérarchique, sans aucune position à l’intérieur des jeux politiques et des luttes des institutions. Son autorité fut véritablement monastique – l’autorité d’un père et frère aîné en Dieu qui tire sa vision d’une attente patiente de Dieu dans la prière, et du travail, des études, du discernement d’une communauté engagée. Sa vie et son témoignage offrent le vrai défi de l’évangile à toutes nos institutions chrétiennes, le défi de devenir vraiment crédible en montrant que nous sommes prêts à vivre et écouter dans l’humilité, à reconnaître où se trouve notre force réelle. Aujourd’hui nous rendons grâce à Dieu pour une vie qui interroge l’autosatisfaction de nos institutions, non point au nom de la mode, ni de la facilité, ni d’un radicalisme naïf, mais tout simplement au nom de l’évangile de Jésus Christ et du ministère de la réconciliation. La vie de Frère Roger sont un don et un défi qui vont durer, et nous prions que la Communauté de Taizé, tellement aimée et estimée dans le monde chrétien tout entier, et bien au-delà, continuera de nous faire ce même don dans les années à venir. Je vous prie d’agréer mes assurances de l’amour constant et des prières de vos amis dans l’Eglise Anglicane, et tout particulièrement de votre frère dans la foi,
Rowan, Archevêque de Cantorbéry

Du Secrétaire Général des Nations Unies Au Frère Aloïs, Prieur de Taizé

Le 18 août 2005
Très cher Frère,
C’est avec émotion et tristesse que j’ai appris la disparition tragique de frère Roger, fondateur et prieur de votre communauté. Je tiens à faire part de ma profonde sympathie et vous serais reconnaissant de bien vouloir transmettre à ses proches et à l’ensemble de la Communauté de Taizé mes très sincères condoléances. Selon les meilleures traditions de la foi qui le portait, Frère Roger a consacré sa vie à servir la paix, le dialogue et la réconciliation. Il s’était fait l’avocat inlassable des valeurs de respect, de tolérance et de solidarité, en particulier auprès de jeunes. Son message d’espoir et de confiance restera une source d’inspiration pour tous. Je suis convaincu que vous saurez poursuivre l’œuvre entamée par Frère Roger. Tous mes vœux vous accompagnent dans cette exaltante mission.
Veuillez agréer, mon Frère, l’assurance de mes respectueux sentiments.
Kofi Annan

Président de la Conférence des Evêques de France

Paris, le 16 août 2005
Chers Frères et Amis,
Avec une profonde peine, je viens d’apprendre la mort de Frère Roger, votre fondateur et père, notre frère dans la foi. Lui, si doux, vient d’achever sa course terrestre, victime de la violence. Quel mystère . . . Lui qui, avec vous tous, a si souvent donné rendez-vous aux jeunes du monde pour leur apprendre, au nom de la foi en Christ ressuscité, à témoigner de la puissance transformante de l’amour donné, arrive chez le Père des miséricordes au moment des JMJ de Cologne. Quel témoignage et quel appel . . . Comme Président de la Conférence des Evêques, je n’oublie pas avec quelle fidélité fraternelle, depuis le Concile Vatican II et sans jamais faillir depuis, il écrivait aux Evêques de France avant chacune des Assemblées plénières de Lourdes. Son message était toujours attendu et reçu avec ferveur. Il est trop tôt, ce soir, pour évoquer davantage cette grande figure de chercheur et de témoin de Dieu, passionné de unité entre chrétiens et de réconciliation. Avec vous, je rends grâce à Dieu pour la force de son témoignage et sa patiente ténacité à faire de Taizé le lieu de ressourcement de tant de disciples du Christ, au-delà des divisions, et le rendez-vous de l’espérance pour tant de pauvres à travers le monde. Pour vous, je demande la paix dans l’épreuve et la force de poursuivre la route.Bien fraternellement
Jean-Pierre Ricard, Archevêque de Bordeaux
Du Président de la République Fédérale d’Allemagne

Frère Alois Mon Frère,
C’est avec une grande émotion et une infinie tristesse que j’ai appris la nouvelle du meurtre de Frère Roger, le fondateur de votre Communauté. Je vous exprime ainsi qu’à tous les frères de la Communauté mes sincères condoléances. C’est peut-être un soutien pour vous de savoir que dans le monde entier des hommes et des femmes s’associent en ce moment à votre douleur. Un tel acte est toujours incompréhensible, et d’autant plus, quand il frappe un homme, comme Frère Roger, qui a voué sa vie à la fraternité, à la compréhension entre les Eglises et les nations et surtout à la non-violence. En tant que Prieur de votre Communauté pendant des décennies, Frère Roger a donné des impulsions importantes aux oecuménistes. Il a créé un lieu où les jeunes tout particulièrement ont pu trouver des repères pour leur vie. Des personnes de toutes origines et toutes confessions sont accueillies à Taizé dans une communauté qui non seulement respecte la dignité de l’autre et son unicité, mais le fait aussi participer à une vie fraternelle. En fêtant la spiritualité et en abolissant les frontières entre les hommes à Taizé, Frère Roger a donné l’exemple au monde entier. C’est aussi lui qui a préparé la voie à la Journée Mondiale de la Jeunesse en développant les rencontres internationales de Taizé à l’échelle mondiale. Au mois de juin dernier, il avait répondu à la lettre que je lui avais adressée pour son 90ème anniversaire et m’écrivait ceci : « Avec mes frères, nous savons que notre vie prend un sens quand elle est réponse concrète à un appel de Dieu, l’appel à se donner soi-même pas à pas, sans connaître le chemin à l’avance. » La confiance en Dieu que reflètent ces paroles m’a profondément touché. Savoir que Frère Roger pensait ainsi peut être une source de consolation pour nous tous qui sommes en deuil. Veuillez croire, mon Frère, à mes sentiments de profonde sympathie.
Horst KöhlerPrésident de la République Fédérale d’Allemagne
Eglise Protestante de Genève

Chers Frères,
Devant l’horreur du meurtre de Frère Roger, l’Eglise protestante de Genève et la Compagnie des pasteurs et des diacres tiennent à partager avec vous leur très grande tristesse, leur reconnaissance et leur espérance. Les liens entre notre Eglise et la Communauté de Taizé remontent loin, puisque dans les dernières années de la guerre, après une première installation à Taizé, c’est dans la maison Tavel, proche de la cathédrale St. Pierre et du siège de l’Eglise protestante de Genève, que les premiers frères se sont retrouvés quotidiennement pour célébrer des offices réguliers, en présence d’une petite communauté formée notamment d’étudiants en théologie. C’est dire si la Communauté a eu, dès ses débuts, une influence marquante sur notre Eglise, sur ses pasteurs et sa jeunesse en particulier. La tristesse qu’engendre la mort de Frère Roger est immense. Elle est à la mesure de la reconnaissance que nous éprouvons pour tout ce que lui et ses frères nous ont apporté. Le mouvement qu’il a lancé a été source d’une profonde spiritualité, d’un véritable renouveau liturgique et d’un dialogue renouvelé entre les Eglises. La communauté de Taizé ainsi que l’oeuvre de frère Roger restent comme une lumière dans notre histoire. Nous aurons l’occasion, lors d’une célébration oecuménique, de manifester à Dieu la reconnaissance des Eglises de Genève pour ce ministère fécond et d’attester de notre espérance en ce Dieu plein de grâce, de pardon et de paix. Dans cette commune espérance, nous vous exprimons, chers Frères, notre très profonde sympathie. Que la grâce et la paix du Christ vous accompagnent ces jours prochains et toujours.
Albert-Luc de Haller, Responsable des ministères et des stages
Pasteur Roland Benz, Modérateur de la Compagnie des pasteurs et des diacres
Georges Bolay, Président de l’Eglise
Evêque du diocèse catholique de Shanghaï, Chine

Cher Prieur Aloïs et tous les frères de la Communauté de Taizé :
La nouvelle du décès de Frère Roger m’a tellement consterné et m’a rempli de tristesse et de peine. Ce serviteur de Dieu qui a aimé la paix et qui a fait avancer la solidarité et la communion humaine, a quitté le monde d’une manière si malheureuse. Pourtant nous croyons que par son aide au ciel, les oeuvres de paix, de solidarité et de communion qu’il a créées se répandront sans cesse. Moi-même et le diocèse de Shanghaï, tous les prêtres et les soeurs vous expriment, respecté frère Aloïs et toute la communauté, nos profondes condoléances. Nous serons en communion dans la prière comme les voix dans la prière de Taizé réunissent ensemble les coeurs de nombreux jeunes.Prions les uns pour les autres dans le Christ !
Aloysius Jin

Des enfants de Bosnie qui ont séjourné à Taizé
pendant la guerre qui a ravagé leur pays

Le cœur lourd, nous voudrions vous dire nos condoléances pour la mort du frère Roger. Nous vous écrivons de Croatie. En 1993, 1994, 1995, 1996 et 1997 nous avons été accueillis pour des séjours à Taizé par les frères de la Communauté que le défunt frère Roger animait. Nous n’en avons rapporté chez nous que de bonnes expériences. Nous n’oublierons jamais ces années-là, et nous porterons frère Roger toujours dans nos cœurs. Nous croyons que nous nous reverrons un jour, là où il n’y a pas de place pour la haine ni pour aucun mal.
Zoran et Goran Zubak, Ivan et Marko Zubak, Ivan, Goran et Mario Jurakić

Grand Rabbinat de Lyon et de la Région Rhône-Alpes Auvergne
Le Grand Rabbin
Lyon, le 19 août 2005
Frère Alois Communauté de Taizé
Je vous adresse l’expression de ma vive sympathie suite à la tragédie qui vous prive du Frère Roger, figure rayonnante, artisan de paix et de réconciliation entre tous les hommes. Incarnation de tendresse, vis-à-vis de toutes les créatures de Dieu, il est mort de cette violence criminelle qui nous entoure. Puissent ses idéaux humanistes auxquels il était tant attaché, perdurer, grâce à la fidélité de tous ses innombrables disciples. Il aura marqué son siècle et rayonné, bien au-delà de son champ d’action. Recevez, Frère, l’assurance de mes sentiments respectueux, et je vous prie d’accepter mes religieux condoléances
Richard Wertenschlag
Irénée, Evêque de Novi Sad et Batchka
Novi Sad, Serbie,18 août 2005
Chers frères et sœurs, membres de la Communauté de Taizé,
Avec émoi et peine dans l’âme, j’ai reçu la nouvelle de la mort tragique de frère Roger, votre prieur. Je vous prie tous de recevoir les expressions sincères de ma condoléance fraternelle à cette occasion tragique. Je prie le Seigneur, le Ressuscité d’entre les morts et Celui qui nous ressuscite nous les humains que - jusqu’au jour de la Résurrection universelle et de la révélation de la plénitude du Règne de Dieu - il donne la paix à son âme juste et aimant le Christ, dans les demeures des justes, dans le sein d’Abraham, dans la Terre des vivants spirituelle, et qu’à vous, ses disciples, ses enfants spirituels, il donne la consolation de l’Esprit Saint. En priant pour son âme, j’espère que lui aussi priera pour nous tous là où il n’y a ni peine, ni tristesse, ni gémissement mais où la vie est sans fin. Pendant des années, j’ai souhaité rencontre frère Roger et faire sa connaissance. Cela ne s’est pas réalisé ici sur terre. J’espère que nous nous rencontrerons au ciel. Avec vous tous, je partage la peine et la tristesse à cause de son départ, mais aussi la joie à cause de l’espérance commune dans l’amour de notre Seigneur et de la certitude de la Résurrection et de la vie éternelle.
Evêque de Backa, Irinej

Du Patriarche serbe
18 août 2005 Belgrade
A l’occasion de la mort tragique du prieur de Taizé, frère Roger, recevez notre condoléance sincère. Nous prions Dieu pour la paix de son âme, et qu’il vous donne à tous la consolation dans la peine.
Patriarche serbe, Pavle

Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire
Le Ministre d’Etat
Paris, le 17 août 2005
Mes frères,
J’ai appris avec une grande tristesse l’assassinat de Frère Roger. Rien ne peut expliquer cet acte atroce et lâche, qui suscite la stupeur et l’incompréhension. Aussi, dans ces heures difficiles, permettez-moi de rendre hommage au fondateur de votre communauté. Je sais quel homme de paix et de dialogue fut Frère Roger. Je veux, tout particulièrement, saluer le rôle qui fut le sien lors des années noires. Je souhaite, également, vous dire mon respect pour l’oeuvre accomplie par la Communauté de Taizé au service des échanges interreligieux. Notre siècle a besoin d’hommes et de femmes qui, au-delà du quotidien, savent s’interroger ensemble sur le sens de la vie Frère Roger avait montré un chemin. Nous n’oublierons pas son message. Je vous prie d’agréer, mes frères, l’expression de mes condoléances.
Nicolas Sarkozy

Patriarcat de Moscou, Département pour les relations extérieures

Cher frère dans le Christ !
Recevez mes condoléances les plus sincères et profondes à l’occasion de l’attentat meurtrier contre frère Roger, fondateur et responsable de la communauté de Taizé pendant de longues années. Toute la longue vie de frère Roger a été marquée par son aspiration à la paix et à l’amour que le Seigneur Jésus Christ nous a commandés. A notre époque compliquée, alors que la société est pénétrée par l’esprit de la sécularisation et de la consommation, et que nombreux sont ceux qui perdent leurs références spirituelles et morales, il était un de ceux qui montrent une autre voie, salvatrice, le chemin de la foi, de la prière et de l’amour fraternel du prochain. A cet égard l’oeuvre de frère Roger au service de la transmission des valeurs chrétiennes aux jeunes européens est particulièrement précieuse. La Communauté de Taizé est devenue un lieu de rencontre et de dialogue pour les jeunes. Nous espérons que l’œuvre commencée par frère Roger sera poursuivie par ses successeurs. Que le Seigneur accorde son repos à l’âme du nouvel arrivé dans la demeure des justes. A lui mémoire éternelle !
Kirill, Metropolite de Smolensk et Kaliningrad

De Levi, rabbin à New York

Chers frères à Taizé
Aujourd’hui je pleure avec vous.Lorsque Élie monte au ciel, son disciple Élisée s’écrie “Avi Avi rechev Yisrael uparashav — Mon père ! Mon père ! Char d’Israël et son attelage !” (2 Rois 2:12) Élisée n’arrive pas à imaginer qui va conduire Israël, qui guidera Israël. Dans le verset suivant, c’est lui qui ramasse le manteau d’Élie. A l’instant présent, nous nous sentons tous comme des orphelins. Comment comprendre la perte de Frère Roger ? Qui va nous guider ? Qui va nous orienter ? Nous sommes appelés à faire comme Élisée. Quel paradoxe – à l’instant même quand nous nous sentons faibles et seuls, nous devons être prêts à ramasser un bout de son manteau, continuer ce qu’il nous a légué. Je prie avec vous que nous ayons tous la force, la sagesse, la douceur, la patience et la foi pour être trouvés dignes du nom de disciples de Frère Roger. Je voudrais être avec vous en ces jours – sachez que je suis avec vous en prière et en pensée.Votre frère,
Levi
Du métropolite orthodoxe de Vidin, Bulgarie A la communauté de Taizé, aimée de Dieu
Chers frères dans le Seigneur !
Avec une grande douleur dans mon cœur j’ai appris la mort tragique du vénérable frère Roger. Je vous prie d’accepter mes condoléances sincères et mon cri vers le Dieu d’éternité afin qu’il accueille son esprit lumineux dans la demeure des justes. Que la très Sainte Trinité vous affermisse avec un bon témoignage devant le monde. Amen.Avec amour fraternel dans le Christ,
Domitien, métropolite de Vidin.Bulgarie, Vidin,
18 août 2005

L’archevêque de Zagreb
Profondément ébranlé et avec compassion chrétienne, j’ai reçu la triste nouvelle de la mort violente de frère Roger, le fondateur de la communauté de Taizé. Que le sacrifice de sa vie innocente porte un fruit de bénédiction pour les chrétiens dans le monde entier. Dans mes prières, j’ai fait mémoire du cher Frère et confié sa noble personne à la miséricorde de Dieu. Je partage la peine avec sa Communauté et avec les jeunes du monde entier qui ont consolidé leur foi dans des rencontres avec lui et construit une communion dans le Seigneur selon le désir du Christ « que tous soient un » (Jean 17,21). Par ses liens profonds avec le cardinal Franjo Šeper de mémoire bénie, frère Roger est d’une certaine façon aussi lié avec le peuple croate, en particulier avec les jeunes qui, pendant des années, ont aimé aller aux rencontres à Taizé. C’est pourquoi je prie le Seigneur que sa mort martyre soit une inspiration pour les jeunes qui, dans les jours qui viennent, vont se rencontrer avec le pape Benoît XVI à Cologne. En communion spirituelle je me joins aux croyants de France et du monde entier, et de manière particulière à Votre communauté, aux jeunes et à tous ceux qui vont accompagner frère Roger dans le repos bienheureux. Dans l’espérance de la résurrection je vous salue sincèrement dans le Seigneur,
Cardinal Josip Bozanić, archevêque de Zagreb,
président de la Conférence épiscopale de Croatie. A
Zagreb, le 17 août 2005

Monastère de la Grande Chartreuse
Au Frère Alois et à tous les frères de Taizé, Chers Frères en Christ,
Profondément unis à vous dans la prière, nous mettons la vie de Frère Roger entre les mains de Dieu auquel nous rendons grâce pour tout ce qu’Il a bien voulu révéler par lui à d’innombrables jeunes de par le monde et prodiguer à l’Eglise par sa vie donnée : une lumière de paix, de communion et de simplicité dans la foi et l’espérance. Les circonstances dramatiques de sa mort ne sont qu’un revêtement extérieur qui met encore d’avantage au grand jour la vulnérabilité de Frère Roger qu’il cultivait comme une porte par laquelle, de préférence, Dieu peut entrer auprès de nous. Mardi prochain, dans l’Eucharistie, nous serons profondément unis à vous tous dans la ferme espérance que les semences d’unité qu Frère Roger a enfouies dans le coeur de tant de gens, germent déjà et n’attendent qu’à s’éclore pleinement. Au Frère Alois nous souhaitons de pouvoir maintenir tous ses frères dans le service de la réconciliation et de l’unité auquel votre fondateur a dédié Taizé. Nous n’oublions pas de recommander à la miséricorde de Dieu la jeune femme roumaine qui a cédé à l’inexplicable. Gardez-la dans votre amour afin qu’elle obtienne le pardon et la guérison.Croyez-nous très proches de vous tous.
Fr. Marcellin Theeuwes
Prieur de la Grande ChartreuseMinistre Général de l’Ordre des Chartreux

Merci à tous ceux qui ont déjà lu ce blog


Voici des liens qui permettront à ceux qui le souhaitent
de lire les réactions et témoignages du monde entier après la mort mardi dernier de Frère Roger, de lire et d'entendre les méditations prononcées en différentes occasions à Tizé comme lors de manifestations importantes:

http://www.lejourduseigneur.com/detail.do?
http://italy.peacelink.org/editoriale/articles/art_12294.html
http://www.montag.it/blog/archive/002998.html
http://www.lci.fr/listeAvisInternautesPopup/

Et un blog qui référence d'autres blogs dont un sur la mort de Frère Roger :

http://thebestofpub.skyblog.com/

12 mai 1915 - 16 août 2005

Tout a commencé par une grande solitude lorsqu’en août 1940, à l’âge de vingt-cinq ans, Roger Schütz quitta le pays de sa naissance, la Suisse, pour aller vivre en France, le pays de sa mère. Depuis plusieurs années, il portait en lui l’appel à créer une communauté où se concrétiserait tous les jours une réconciliation entre chrétiens, « où la bienveillance du coeur serait vécue très concrètement, et où l’amour serait au coeur de tout ». Cette création, il désirait l’insérer dans la détresse du moment, et c’est ainsi qu’en pleine guerre mondiale il se fixa dans le petit village de Taizé, en Bourgogne, à quelques kilomètres de la ligne de démarcation qui coupait la France en deux. Il cacha alors des réfugiés (en particulier des juifs), qui savaient qu’en fuyant la zone occupée, ils pourraient trouver refuge dans sa maison.

Plus tard, des frères le rejoignirent, et c’est le jour de Pâques 1949 que les premiers frères s’engagèrent pour toute l’existence dans le célibat, la vie commune et une grande simplicité de vie. Dans le silence d’une longue retraite, au cours de l’hiver 1952-1953, le fondateur de la communauté écrivit la Règle de Taizé, exprimant pour ses frères « l’essentiel permettant la vie commune ».

A partir des années cinquante, certains frères allèrent vivre en des lieux défavorisés pour se tenir aux côtés de ceux qui souffrent.
Dès la fin des années cinquante, le nombre de jeunes se rendant à Taizé s’accrut sensiblement. A partir de 1962, des frères et des jeunes, envoyés par Taizé, ne cessèrent d’aller et venir dans les pays d’Europe de l’Est, avec la plus grande discrétion, afin de ne pas compromettre ceux qu’ils soutenaient.

De 1962 à 1989, frère Roger lui-même a visité la plupart des pays d’Europe de l’Est, parfois pour des rencontres de jeunes, autorisées mais très surveillées, parfois pour de simples visites, sans possibilité de parler en public (« Je me tairai avec vous », disait-il aux chrétiens de ces pays).

C’est en 1966 que des soeurs de Saint-André, communauté catholique internationale fondée il y a plus de sept siècles, vinrent habiter le village voisin et commencèrent à assumer une partie des tâches de l’accueil. Plus récemment quelques sœurs ursulines polonaises vinrent aussi apporter leur collaboration.

La communauté de Taizé rassemble aujourd’hui une centaine de frères, catholiques et de diverses origines évangéliques, issus de plus de vingt-cinq nations. De par son existence même, elle est un signe concret de réconciliation entre chrétiens divisés et entre peuples séparés. Dans un de ses derniers livres, intitulé "Dieu ne peut qu’aimer", (Presses de Taizé), frère Roger décrivait ainsi son cheminement œcuménique :

"Puis-je rappeler ici que ma grand-mère maternelle a découvert intuitivement comme une clé de la vocation œcuménique et qu’elle m’a ouvert une voie de concrétisation ? Marqué par le témoignage de sa vie, et encore très jeune, j’ai trouvé à sa suite ma propre identité de chrétien en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque."

Les frères n’acceptent aucun don, aucun cadeau. Ils n’acceptent pas non plus pour eux-mêmes leurs propres héritages personnels, mais en font don aux plus pauvres. C’est par leur travail qu’ils gagnent la vie de la communauté et partagent avec d’autres.

De petites fraternités se trouvent maintenant insérées dans des quartiers déshérités en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud et du Nord. Les frères tentent d’y partager les conditions de vie de ceux qui les entourent, s’efforçant d’être une présence d’amour auprès des plus pauvres, des enfants de la rue, des prisonniers, des mourants, de ceux qui sont blessés jusque dans leurs profondeurs par des ruptures d’affection, par des abandons humains.

Venant du monde entier, des jeunes se retrouvent aujourd’hui à Taizé toutes les semaines de l’année pour des rencontres pouvant rassembler d’un dimanche à l’autre jusqu’à six mille personnes représentant plus de soixante-dix nations. Avec les années, des centaines de milliers de jeunes se sont succédé à Taizé, méditant le thème « vie intérieure et solidarités humaines ». Aux sources de la foi, ils cherchent à découvrir un sens à leur vie et se préparent à prendre des responsabilités là où ils vivent.

Des hommes d’Église se rendent également à Taizé, et la communauté a ainsi accueilli le pape Jean-Paul II, trois archevêques de Canterbury, des métropolites orthodoxes, les quatorze évêques luthériens suédois, et de nombreux pasteurs du monde entier.

Pour soutenir les jeunes générations, la communauté de Taizé anime un « pèlerinage de confiance sur la terre ». Ce pèlerinage n’organise pas les jeunes en un mouvement qui serait centré sur la communauté, mais les stimule à être porteurs de paix, de réconciliation et de confiance dans leurs villes, leurs universités, sur leurs lieux de travail, dans leurs paroisses, et cela en communion avec toutes les générations. Comme étape de ce « pèlerinage de confiance sur la terre », une rencontre européenne de cinq jours réunit à la fin de chaque année plusieurs dizaines de milliers de jeunes dans une métropole européenne, à l’Est ou à l’Ouest.

A l’occasion de la rencontre européenne, frère Roger publiait tous les ans une « lettre », traduite en plus de cinquante langues, reprise et méditée ensuite pendant toute une année par les jeunes, chez eux ou lors des rencontres à Taizé. Cette lettre, le fondateur de Taizé l’a souvent écrite à partir d’un lieu de pauvreté où il a vécu un temps (Calcutta, Chili, Haïti, Éthiopie, Philippines, Afrique du Sud...).

Aujourd’hui, dans le monde entier, le nom de Taizé évoque paix, réconciliation, communion, et l’attente d’un printemps de l’Église : « Quand l’Église écoute, guérit, réconcilie, elle devient ce qu’elle est au plus lumineux d’elle-même : limpide reflet d’un amour » (frère Roger).

Frère Roger a reçu les prix suivants :
09 04 1974 : Templeton Prize, London (Prix Templeton, Londres)
13 10 1974 : Friedenspreis des Börsenverein des deutschen Buchhandels, Frankfurt (Prix de la Paix des Libraires allemands, Frankfort)
21 09 1988 : Prix UNESCO de l’Education pour la Paix, Paris (UNESCO Prize for Peace Education, Paris)
04 05 1989 : Karlspreis, Aachen (Prix Charlemagne, Aix-la-Chapelle)
20 11 1992 : Prix Robert Schuman, Strasbourg
24 04 1997 : Award for international humanitarian service, Université de Notre Dame, Indiana, USA (Prix pour un service humanitaire international, Université de Notre Dame, Ind, USA)
22 10 2003 : Dignitas Humana Award, Saint John’s University, Collegeville, Minnesota, USA (Prix pour la défense de la Dignité Humaine, Université Saint John, Collegeville, Minnesota, USA).

Les livres de Frère Roger, de Taizé :
1958, Vivre l’Aujourd’hui de Dieu
1965, Dynamique du provisoire
1968, Violence des pacifiques
1971, Ta fête soit sans fin
1973, Lutte et contemplation
1976, Vivre l’inespéré
1979, Etonnement d’un amour
1980, Les Sources de Taizé
1982, Fleurissent tes déserts
1985, Passion d’une attente
1988, Son amour est un feu
1992, en commun avec Mère Teresa : La prière, fraîcheur d’une source
1995, En tout la paix du cœur
2001, Dieu ne peut qu’aimer
2005 « Pressens-tu un bonheur ? (Presses de Taizé/Seuil)

Source : site de Taizé
Dernière mise à jour : 19 août 2005

20 août 2005

Heureux celui qui meurt d'aimer


Sans relâche, ô Christ, tu m'interpelles et me demandes : "Qui dis-tu que je suis ?"
Tu es celui qui m'aimes jusque dans la vie qui ne finit pas.
Tu m'ouvres la voie du risque. Tu me précèdes sur le chemin de la sainteté, où est heureux celui qui meurt d'aimer, où le martyre est la réponse ultime.
Le non qui est en moi, tu le transfigures jour après jour en oui. Tu me demandes non pas quelques brides, mais toute mon existence.
Tu es celui qui, de jour et de nuit, pries en moi sans que je sache comment. mes balbutiements sont prière : t'appeler par le seul nom de Jésus emplit notre communion.
Tu es celui qui, chaque matin, passes à mon doigt l'anneau du fils prodigue, l'anneau de fête.
Et moi, pourquoi ai-je hésité si longtemps ? Ai-je "échangé le rayonnement de Dieu contre l'impuissance, ai-je abandonné la source d'eau vive pour me creuser des citernes lézardées qui ne tiennent pas l'eau ? " (Jér. 2) ?
Toi, inlassablement, tu me cherchais. Pourquoi ai-je hésité à nouveau, demandant qu'il me soit laissé du temps pour m'occuper de mes affaires ? Après avoir mis la main à la charrue, pourquoi avoir regardé en arrière ? Sans trop le savoir, je me rendais impropre à te suivre.
Pourtant, sans t'avoir vu, je t'ai aimé.
Tu me répétais : vis le très peu de chose que tu as compris de l'Evangile. Annonce ma vie parmi les hommes. Allume un feu sur la terre. Toi, suis-moi...
Et, un jour, je l'ai compris : tu appelais ma résolution sans retour.


Frère Roger
Vivre l'inespéré, Ed. Les Presses de Taizé, 1972.

Se tenir dans les mains de Dieu


Celui que j'étais du temps des mes séjours à Taizé n'est que de très loin l'homme que je suis devenu. Resté fidèle à mes engagements de jeunesse, j'ai comme tout le monde, hélas, pavé ma route de trahisons, de renoncements, d'erreurs et de compromissions. Regardez-moi pourtant à vingt ans. Je voulais le monde et la justice, tout ou rien. Je connaissais par coeur des passages entiers des Lettres de Taizé que Frère Roger nous adressait plusieurs fois dans l'année. J'étais capable de rester des heures en silence dans les églises où il nous réunissait et plus que tout, je chantais. Moi qui n'osait pas danser ou parler dès que nous étions plus de trois ou quatre, je passais des heures à répéter dans l'Aula magna de l'Université catholique de Rome sous la direction de Frère Robert, avec Roger et Wolfgang, de jeunes bénévoles de la Communauté qui faisaient office de chefs de choeur et de solistes. J'étais dans le petit choeur à Rome comme à Londres . A Barcelone, j'avais choisi avec mon ami Jean d'A. et Dominique C, le petit frère d'un ami qui nous accompagnait, la Maison de Silence où pendant tout le temps de la Rencontre, nous portions les autres par notre prière silencieuse. Nous étions jeunes et nous pensions changer le monde. Taizé nous a changé. Nous sommes devenus moins mauvais, plus ouverts certainement. Mais, comme beaucoup d'autres, je n'ai eu ni la force ni le courage de vivre complètement cet incroyable appel que Taizé a su magnifier. Lorsque Soeur Sue en 1981 m'écrivait pour m'inviter à séjourner à taizé plusieurs mois et à interroger le Seigneur sur un engagement définitif... J'ai pris la fuite. Je ne me sentais pas assez fort encore. La vie m'a éloigné de la communauté. Je me suis marié et j'ai eu quatre merveilleux enfants. Là certainement était ma vocation. L'utilité de ma vie. J'y ai mis tout ce que j'ai pu comprendre de l'Evangile à ce jour et mes lectures Taizéennes sont pour beaucoup dans la manière dont j'appréhende ma vie d'adulte.
Ci-contre, Robert dont j'ai oublié le nom de famille
et qui nous dirigeait pendant les répétitions
quand Frère Robert n'en pouvait plus !
L es anecdotes sont nombreuses et les souvenirs très présents. Dans l'Aula Magna de l'Université où nous répétions (je crois que c'était à La Tiburtina), l'atmosphère était studieuse mais aussi rieuse. Notre chantre, Frère Robert, médecin de formation je crois, et grand musicologue, était incroyablement fort : Il réussissait à faire, en quelques heures, d'un groupe de 1000 jeunes gens indisciplinés et pas toujours musiciens, une chorale rompue au chant en commun. Sous sa direction, des instrumentistes, tous participants volontaires et presque toujours musiciens amateurs, s'assemblaient en quelques heures. On eut dit au bout du deuxième jour, que nous avions toujours tous travaillé ensemble. Le résultat était vraiment étonnant. Il y eut des colères, des fous-rires interminables et des moments de grâce. Je me souviens d'un air assez difficile. Nous l'avions tellement vu et revu et avec tellement de volonté que lorsque, musiciens et choristes, nous en sommes ensemble venus à bout, l'amphithéatre entier s'est levé et s'est applaudi !
L 'autre souvenir émouvant, le plus fantastique de tous, c'est bien sûr, la veillée de prière avec le Pape, dans la Basilique Saint Pierre. Nous avions répété le matin puis ayant quartier libre, j'étais allé avec une amie rochelaise, Blandine S.de P., visiter les Thermes de Caracalla. Il faisait froid mais très beau et nous avons traîné. Bien entendu, nous étions en retard. Comment arriver à temps au rendez-vous fixé à l'entrée du Vatican ? Mon plus vieil ami, Gilles S. avec qui nous étions venus depuis Bordeaux, avait laissé sa voiture, une rutilante 2 cv, sur le parking de la faculté. Blandine venait juste d'avoir son permis. Autant dire qu'elle ne savait pas encore conduire. Nous sommes partis tous les deux, traversant Rome à tombeau ouvert, klaxonnant dans les embouteillages, prenant des sens interdits, sifflés à plusieurs reprises par la police, nous faufilant dans des ruelles piétonnes. Finalement, nous avons pu arriver à l'heure, sains et saufs après des hurlements et des sueurs froides. Le point de ralliement était une entrée latérale de la Basilique par les jardins du Vatican. Je ne parlai pas talien à l'époque. On nous avait dit de demander "l'ingresso dei scavi" aux gardes suisses qui étaient en faction devant l'entrée où nous avions lâchement abandonnél la voiture. "Il papa wait for us" criait Blandine en courant et je la suivais, mes partitions sous les bras... Bon enfant, le garde en faction nous salua; ce que virent de loin les autres gardes suisses postés à une autre barrière. Et c'est devant une haie de soldats au garde-à-vous que nous sommes rentrés dans le vatican, sans grande dignité, échevelés essouflés, tâchant tout de même de faire bonne figure à ces grands gars à l'uniforme rutilant. Derrière nous arrivait un cardinal suivi de ses acolytes. C'était lui que les gardes saluaient ! 25 ans après, je revois la scène et elle me fait toujours sourire...
à droite, le choeur de Taizé avec Robert
et Wolfgang deux des solistes que l'on entend sur les enregistrements, dans la Basilique St Pierre,
le jour de la rencontre avec le Saint Père.
B ien entendu nous étions les derniers et Frère Robert nous a accuilli d'un oeil noir. Presque aussitôt, nous avons commencé de chanter. L'égliseétait plongée dans la pénombre (nous étions en décembre et c'était la fin de la journée), seules les colonnes du Bernin autour du Maître-autel brillaient. La basilique était remplie de jeunes. Il y en avait autant sur la Place Saint-Pierre. Pourtant le silence règnait pratiquement. Lorsque nous avons entonné le "veni sancte Spiritus" de Jacques Berthier, le vitrail qui surplombe le choeur s'est soudain illuminé, montrant la colombe de l'Esprit-Saint au-dessus de nos têtes. Pour les protestants que nous étions, ce symbole montrait la volonté d'ouverture et d'accueil du nouveau pape. Nous étions terriblement émus. La suite allait nous faire fondre littéralement. Nous avons chanté ainsi plus d'une heure, les instruments se relayant, se juxtaposant, s'enchaînant, se multipliant de plus en plus. Les voix se faisaient claires, belles comme jamais elles ne le furent auparavant, et l'assemblée qui reprenait sans faiblir ces magnifiques litanies, connues aujourd'hui dans le monde enrier. Les versets furent chantés dans toutes les langues par les solistes épuisés.
Tout d'un coup la basilique s'est illuminée comme en plein jour, le soleil tombait sur nous et les cuivres de l'orchestre, suivis par les mille voix du choeur le "Gloria", hymne triomphal que nous lancions à pleins poumons. Une rumeur incroyable se répandit : le Saint-Père et Frère Roger et leur suite venaient de pénétrer dans l'église. De là où nous étions nous ne pouvions pas voir grand chose d'autre que des bras qui s'agitaient, des flashes qui crépitaient. L'acclamation ne faiblissait pas, les applaudissements résonnaient sous les voûtes resplendissantes. Nous étions tous pris par l'émotion. Pendant plus d'une demie-heure, nous avons chanté ce Gloria que j'entends encore. Et puis, soudain l'ondulation de la foule comme une marée humaine se rapprocha et nous atteignit. On ne voyait plus grand chose mais c'était électrique.
ci-contre :
Wolfgang (de face) et Frère Robert (de dos) aux répétitions.
Le Pape était là, tout près. Avec mes amis protestants nous nous étions promis de rester froids et réservés devant la pompe romaine. Mais, lorsque le Saint-Père fut devant nous, ce fut le délire. Nous chantions et en même temps nous l'acclamions. Un court instant, il fut là, devant moi avec son beau regard clair, pur et serein. il souriait et son sourire était plein d'amour et de force. Il rayonnait. Le regard d'un père qui retrouve ses enfants ! Il nous a béni. La suite est moins glorieuse. Harassé par notre course folle à travers la ville, par les heures de chant, les textes lus dans toutes les langues possibles, les temps de prière, les temps de silence, je n'ai rien retenu des discours de Frère Roger et due Jean Paul II. Je me suis lamentablement endormi parmi les choristes. C'est Wolfgang qui m'a réveillé et m'a permis de suivre les dernières minutes de cette rencontre extraordinaire. Je crois que c'est vraiment là qu'est née chez Jean Paul II, l'idée des JMJ. Le moment le plus extraordinaire de ce séjour à Rome fut la rencontre avec le Saint Père. J'ai un peu l'impression d'être l'aïeul qui raconte ses souvenirs de jeunesse à ses descendants... je leur souhaite en fait de pouvoir vivre un jour à Taizé où aux Journées Mondiales de la Jeunesse cette liesse, cette joie qu'un prêtre français croisé à Londres l'année d'après, comparait au délire des journées de la Libération à Paris, quand il était jeune séminariste !

Message de Mgr Ricard à la communauté de Taizé



Chers Frères et Amis,

Avec une profonde peine, je viens d’apprendre la mort de Frère Roger, votre fondateur et père, notre frère dans la foi.
Lui, si doux, vient d’achever sa course terrestre, victime de la violence. Quel mystère … Lui qui, avec vous tous, a si souvent donné rendez-vous aux jeunes du monde pour leur apprendre, au nom de la foi en Christ ressuscité, à témoigner de la puissance transformante de l’amour donné, arrive chez le Père des miséricordes au moment des JMJ de Cologne. Quel témoignage et quel appel …
Comme Président de la Conférence des Évêques, je n’oublie pas avec quelle fidélité fraternelle, depuis le Concile Vatican II et sans jamais faillir depuis, il écrivait aux Évêques de France avant chacune des Assemblées plénières de Lourdes. Son message était toujours attendu et reçu avec ferveur.
Il est trop tôt, ce soir, pour évoquer davantage cette grande figure de chercheur et de témoin de Dieu, passionné de l’unité entre chrétiens et de réconciliation. Avec vous, je rends grâce à Dieu pour la force de son témoignage et sa patiente ténacité à faire de Taizé le lieu de ressourcement de tant de disciples du Christ, au-delà des divisions, et le rendez-vous de l’espérance pour tant de pauvres à travers le monde. Pour vous, je demande la paix dans l’épreuve et la force de poursuivre la route.
Bien fraternellement.

+ Jean-Pierre RICARD

Archevêque de Bordeaux

Président de la Conférence des évêques de France


Frère Roger et Jean Paul II à Rome en 1980


Combien cette photo qui est sur mon bureau depuis 25 ans est aujourd'hui devenue emblématique. Dans un monde de violence, d'agression et de souffrance, deux hommes ont marqué ma génération. Nous qui sommes nés dans les douces années d'après-guerre où les héros qu'on nou apprenait à aimer étaient presque tous des chefs de guerre, combien peu furent les hommes de paix et combien d'entre eux ont trop tôt disparu, le plus souvent assassinés ou emprisonnés. A croire que l'homme n'aime ni la paix ni la justice et encore moins ceux qui défendent avec leur chair et leur esprit ces idéaux de toujours. Frère Roger est mort, assassiné par une jeune roumaine. Il est mort pendant la prière du soir, dans la merveilleuse église de la Réconciliation. Au milieu de ses frères, à deux pas de ces jeunes qu'il aimait tant et qu'il a guidé par ses paroles et ses écrits pendant tant d'années. Il ne s'est pas affaissé. Il a reçu les coups de poignard sans comprendre. Peut-être avait-il en tête le psaume de la liturgie du jour : "J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu'il dit, c'est la paix pour son peuple et ses fidèles ; qu'ils ne reviennent jamais à leur folie !Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent ;la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit.La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin." En décembre 1980, quand cette photo é été prise est diffusée par le service de presse de Taizé déplacé à Rome pour l'occasion, nous étions des milleirs de jeunes réunis pour uen nouveau Concile des Jeunes, appellation donnée par Frère Roger à ces réunions annuelles qui avaient lieu après Noêl dans une grande ville d'Europe. Jean-Paul II était heureux de recevoir Taizé. Partout dans les monastères, les écoles, les campus universitaires, la jeunesse européenne s'était installée. Annonciateur des JMJ, ces rencontres internationales se déroulaient toujours de la même manière : temps de prière, temps de silence, grands offices dans les lieux les plus forts de la ville qui nous recevait. A rome, le temps fort ce fut précisément à Saint Pierre avec le Pape. C'est le soir de cette grande manifestation qui réunit plus de 100.000 jeunes que fut prise cette photo. J'étais là, je me souviens de ces deux hommes en blanc devant nous. Leur amitié, la force de leur engagement, leur sourire, tout était rayonnement. Une incroyable énergie qui nous était ainsi donnée pour la vie. J'avais à peine vingt cinq ans.

Taizé comme une source


Bordeaux, ce 20 août.
Abonnés aux informations de la Communauté, nous recevons un courriel régulièrement. Celui du 17 août n'avait pas été lu, nous étions encore en vacances, les infos pouvaient attendre et comme nous n'avons pas de télévision... Ce matin, revenant comme tous les samedis du marché royal, nous sommes entrés dans la belle basilique Saint-Michel. J'aime m'y receuillir un moment, surtout l'été, quand il fait très chaud dehors et que les rumeurs du marché pénètrent comme assourdies dans l'église. Le soleil éclairait un autel tout illuminé de bougies. Une belle image en vérité : des jeunes gens, allemands et espagnols étaient regroupés devant. Je les pris tout d'abord pour des touristes. Ils sont de plus en plus nombreux à découvrir notre ville. Non, en m'approchant je vis qu'ils n'étaient pas en train de photographier la jolie piétà médiévale. Ils priaient. Leur ferveur me surprit et me plut en même temps.
Je pensais aussitôt à Taizé, à ma jeunesse, aux Conciles des jeunes de mes années d'étudiants et à Frère Roger. C'est à ce moment que les larmes d'une jeune fille m'ont intrigué. L'été, des jeunes, les vacances... Pourquoi des larmes là où on attend de la joie ? Au même moment, l'un des enfants qui m'accompagnait et venait de lire le journal me dit "Papa, Frère Roger é été assassiné"...
Je n'ai pu moi non plus retenir mes larmes. Il était fatigué, il songeait à se retirer mais il était vivant, symbole pour ma génération de cette recherche de paix et d'amour. il nous a appris à chercher le visage de Dieu dans notre monde aveugle. Il a allumé en nous ce feu dont il parlait tant et "qui ne s'éteind jamais". Il a contribué par ses écrits, ses paroles, sa prière dans laquelle nous savions être portés, à être ce que nous sommes. Ce que je suis.
Si je garde à jamais le regret - mais il n'aimait pas ce mot - de n'avoir pas rejoins les frères comme Frère Robert ou Soeur Sue notamment me le suggéraient, Taizé et Frère Roger en particulier m'ont guidé dans un combat quotidien pour l'Unité des chrétiens. Il a mis mes pas sur le bon chemin et dans des moments difficiles de ma vie, sa prière, ses conseils, son soutien m'ont été d'un grand secours. Il est aujourd'hui dans la Lumière.
Je rends grâce avec toute ma famille pour l'oeuvre qu'il a su accomplir. Jubilate Deo.

Allume un feu sur la terre


Frère Roger disait " Dieu donne de prier même pour ceux qui haïssent. Dieu est blessé avec l'innocent"... Ceux qui l'ont entendu, même une seule fois, ne peuvent plus oublier sa voix. Il n'est plus, mais sa pensée, son amour, la force de son enseignement demeurent. Comme Mère Teresa, comme Jean Paul II, il était un de ces témoins d'Evangile par qui souffle l'Esprit.
Combien il devait douter, combien il devait souffrir. Mais dans son regard se lisait cette "euphorie naturelle", cette joie de vivre sans mélange, reflet de l'amour que l'on éprouve pour l'autre, pour tout autre, sans limite et que seuls les sages de tout temps ont pu atteindre et qui anime les sages et les saints. En Orient, on appelerait cela la parfaite harmonie. Il devait "sentir Dieu" en lui, autour de lui, en nous et autour de nous.
Par sa parole, par son enseignement, il aallumé chez des milliers de jeunes "ce feu qui ne s'éteind jamais". Il a guidé des filles et des garçons du monde entier par cette voix posée, articulée, qui se répandait chaque fois dans toutes les langues possibles. Et nos voix, comme un écho à l'appel qu'à chaque fois il lançait, répétait inlassablement ces chants merveilleux inventés par Jacques Berthier et animés alors par Frère Robert.
A Barcelone, à Paris, à Londres, à Rome, ailleurs encore, nous chantions en répétant sans cesse les mêmes strophes et de ce chant entonné par des milliers de voix, montait une prière tellement pure, tellement forte que beaucoup de recoins d'ombre soudain s'éclairaient. Combien d'entre nous peuvent témoigner être repartis de Taizé, des Rencontres Internationales, fécondés d'une force et e'une énergie nouvelle. Un grand feu sur la terre en vérité, mais il voulait qu'à ce brasier vienne se réchauffer l'humanité entière. pour cela il nous rappelait que les étincelles que nous étions devenues se devaient de retrouver leur foyer : les paroisses. Il nous invitait à redonner vie à ces églises endormies par la routine ou la timidité. Il nous poussait à redynamiser nos communautés. Quelques années plus tard, Jean Paul II le redira : Forts de ce que vous recevez aux JMJ, rentrez chez vous, investissez les paroisses, les communautés et retransmettez à vos aînés, à vos cadets le souffle de la Foi reçu ici... Hélas, ni Frère Roger ni Jean Paul II n'ont été à ce jour pleinement exaucés. La routine et la timidité, la tièdeur de nos églises rafraîchissent l'enthousiasme juvénile. le monde est si indifférent. Et puis ces jeunes finalement dérangent un peu...
On peut rêver que cette euphorie naturelle dont ils étaient remplis et qui n'est rien d'autre que la maturité de la foi, de l'esprit et de l'amour pleinement vécus dans l'instant présent atteigne profondément la jeunesse et qu'elle se répande comme une douce épidémie dans le coeur de chacun. Ce n'est pas un but à conquérir. C'est un don de Dieu.

Journal d'un adolescent - décembre 1980


Je tiens un journal, relatant mes faits et gestes, notant mes réflexions, mes idées depuis 1966. J'avais onze ans quand j'achetais mon premier cahier. je n'ai jamais cessé depuis. N'ayant malheureusement pas une mémoire suffisante pour me souvenir des détails, les écrire même lorsqu'ils son anodins, m'aident à reconstituer ce que j'étais. Il ne faut bien sûr pas s'attacher à ce qui est derrière nous sinon pour en tirer des leçons. Je livre ici à ceux qui voudront bien se promener sur ce blog consacré à Frère Roger, à Taizé et à la Foi, des bribes de mon cheminement sur la route de la vie.
C'était le premier Noël sans notre père, mort après une éprouvante maladie le 6 novembre 1980...
Mercredi 24 décembre 1980.
Malgré l'ineffable tristesse qui règne ici comme un épais brouillard recouvrant l'horizon, je ne puis renoncer à la joie. Une voix profonde chante le cantique de Zacharie et mon coeur est en paix.
que ce rayonnement intérieur qui me nourrit depuis quelques jours s'empare des miens et que cette joie profonde ne soit pas qu'un souffle de jeunesse qui demain disparaîtra... Pour notre mère et pour tous ceux qui tremblent de froid et de peur.
Dans deux jours nous serons à Rome. Maintenant j'envisage ce voyage, cette séparation provisoire, ce cheminement irrésistible vers la prière et le partage, comme autant de ferments de vie et notre retour ne pourra qu'être un moment de lumière et de paix pour ceux qui ont perdu sérénité et espoir. J'oublie ma peur, l'angoisse de l'absence. Pourtant combien mon père me manque.
...Petit déjeuner à l'anglaise à la manière de Christine qui me manque : la radio anglaise, une bonne tasse de thé au lait, oeufs brouillés, céréales et délicieux toasts à la marmelade, pris dans ma chère chambre. Dehors, un épais brouillard règne et rend tout terriblement abstrait, différent, unique. Le paysage de l'attente... La petite lueur est au bout de la nuit épaisse, quand l'unique étoile montre le chemin comme cette petite lumière que jepressens plus que je ne la distingue, tout au fond du jardin, derrière les grands arbres.
...
Jeudi 25 décembre 1980.
Les cloches sonnent à toute volée... Belle journée commencée avec la prédication du Pasteur Muir de Versailles à la radio et, après un agréable petit déjeuner, la découverte des trésors déposés au pied de l'arbre de Noël...
...Après le culte aux Chartrons (sermon humoristique de notre pasteur), la parlotte sur le parvis (discussion non moins sympathique avec notre pasteur), déjeuner à Tabanac chez les Michel. Festin de roi préparé depuis lundi par mon frère et sa femme.Belle et sereine journée. Pourtant, papa nous manque tellement...
...Hier la veillée à Notre Dame des Anges était exceptionnelle. Elle nous a tous beaucoup touché.
Demain, départ pour Rome avec Gilles, Patrick et Blandine. Que Dieu nous guide et qu'il nous montre ce qu'en notre coeur nous devons savoir, connaître et vivre. J'aimerai tant savoir où il veut que je dirige mes pas. "Où il voudra et quand il voudra" : suis-je prêt à prononcer ces paroles, merveilleux sésame ?
...Que Dieu me montre la vérité. Qu'il m'apprenne le discernement et le respect de sa parole.
...
Vendredi 26 décembre 1980.
Nous quittons Bordeaux après l'arrivée de Blandine, fraîche et souriante malgré six mauvaises heures de train. Adieu ciel gris et triste de Guyenne, nous allons à la découverte de Rome, la ville éternelle...
... Première étape : Cannes, chez Nicolas, ce nouevl ami que je ne connais encore que trop peu. Son rire et les éclairs dans son regard sont mes seuls repères. Un type chouette à n'en pas douter !
... Nuit confortable sous les toits du château de Vallombrosa, vaste demeure à l'architecture délirante, baroque et médiévale à la fois, plantée face à la mer par un parvenu démoniaque du siècle dernier... Plantureux repas. Formidable accueil par une famille sympathique...
...
Samedi 27 décembre 1980.
Avons quitté Cannes... Nous avons traversé la Toscane. J'ai vu enfin cette fameuse lumière et la douce harmonie de cette campagne? Paysages enchanteurs. . Dieu est grand...
...Je rêvais de voir ce pays - mon pays - depuis des années. C'est comme si mon père était avec nous Il fait très beau et les campaniles se succèdent, tous très droits, très hauts. Bientôt l'Ombrie, puis Rome.
...
Dimanche 28 décembre 1980.
Rome enfin.... Très belle veillée à Saint Jean de Latran avec Frère Roger. Nous participons au choeur depuis notre arrivée. Deux mille voix chantent à pleins poumons la gloire de Dieu, les instruments retentissent sous les voûtes archidorées de la basilique... Merveilleux. Frère Robert est un grand personnage.
...
Lundi 29 décembre1980.
Prenons nos habitudes. Rome se livre peu à peu. Les gens qui nous accueillent sont très attentionnés et vraiment gentils..
...Nous sommes harassés tellement il y a de distances à parcourir entre le lieu où nous dormons, les cantines, les répétitions du choeur, les prières dans les paroisses... Ai fait la connaissance de Frère Robert et de Roger son acolyte. Il existe entre eux une complicité formidable qui fait des miracles musicaux. La musique de Jacques Berthier est un mystère, elle nous prend et nous transporte... Tous ces visages qui chantent quand je les observe ne sont plus vraiment de ce monde ! Joie !...
...
Mardi 30 décembre 1980.
Veillée de prière au Vatican avec le Pape. Cinq heures de chant et de louanges... Magnifique moment. Très émouvant. La chorale a vraiment donné le meilleur d'elle-même. Jolis moments de fraternelle communion et d'union. Vu un enfant fondre en larmes après que le pape lui ait parlé. Il était magnifique, comme auréolé par cette bénédiction innattendue du successeur de Pierre.... Ai retrouvé Wolfgang, le soliste du choeur. Soirée extraordinaire! Une marée humaine : des milliers de filles et de garçons du monde entier assis par terre dans la basilique et autant dehors sur la place. Une visions incroyable ! Je n'ai plus de voix ! ... Avons quitté Saint Pierre comme ivres de lumière et de joie. Sensation rare et nouvelle, toute de paix et d'harmonie parfaite avec les êtres et les choses. Comme si le passé ne m'atteignait plus, comme si le futur ne m'effrayait plus. "Joie, joie, pleurs de Joie" : je comprends maintenant la phrase de Yeats. J'ai vu cette joie si vraie et profonde dans les yeux du Pape quand il passait. Je l'ai salué et il m'a donné sa bénédiction comme le faisait mon grand-père...
...
Mercredi 31 décembre 1980.
Visite du Musée du vatican. Superbes rencontres : collections égyptiennes, chats sacrés, objets provenant des collections de l'Empereur Hadrien notamment l'amour de Thespies - rayonnant.
... Long moment de rêve, solitaire et heureux. Bordeaux est loin. Sérénité absolue ... dans le calme d'un musée l'hiver. Je reviendrais ici...
...
Jeudi 1er janvier 1981.
Dernier jour romain... Avons commencé l'année par une prière au colisée ! Toute la chorale de Taizé était là. Deux mille voix retentirent à la mémoire des martyrs avec les chats comme seuls spectateurs - attentifs mais narquois -. Beau silence et parfaite communion entre tous... Incroyable comment nous sommes tous sortis dans un silence plein de grâce et de paix !
...
Lundi 5 janvier 1981.
Belle prière ce soir aux Chartrons.
Je ne reprendrai les cours que la semaine prochaine. J'ai envie de remettre de l'ordre dans mon esprit et dans mes placards. Je ne verrais personne. j'ai besoin de calme et de silence. Blandine rentre à Versailles ce soir. Christine arrive samedi...Vers où dois-je aller ? ...
Jeudi 8 janvier 1981.
... L'inquiétude de ces derniers jours, après le retour de Rome, a laissé place à une sorte de sérénité. Une grande paix intérieure. Ce n'est pas de la résignation. c'est quelque chose de plus fort etd e positif. Comme l'assurance - intérieure- que tout ira bien. Il aura suffi après un court moment de sommeil, d'une lecture et d'une petite méditation solitaire. Quel bien-être intérieur. Tout semble limpide et heureux. La paix du coeur. La joie de l'âme. Il fait beau et je suis bien terriblement bien. Rendre grâce...
...Taizé à Rome a répondu à mes questions. "Loin d'allumer des feux de paille, donne ta vie jusqu'au bout, elle deviendra jour après jour création avec Dieu. Plus tu avances dans une communion avec le christ, plus tu es poussé à réaliser dans le concret" dit Frère Roger.
... Je sais mon père en paix et joyeux de me voir dans ces dispositions en dépit de sla philosophie qui était la sienne et dont nous avons si souvent débattu mais aujourd'hui pas assez à mon goût...
...Et maintenant ? M'engager à la suite du Christ ? M'éloigner du monde pour mieux le servir par la prière et le silence ? Fonder une famille ? travailler pour mes concitoyens dans une action militante, un engagement politique ? tout cela à la fois ?...
...
Samedi 10 janvier 1981.
... Quelle sérénité ce soir. Il me semble que rien ne peut s'abattre sur nous ou plutôt , tout en moi semble dire que rien de ce quipourrait nous arriver ne m'ébranlerait plus. Rien n'a d'importance hors la paix et l'amour, la joie et la beauté. Le séjour à Rome m'a montré cela...
...Cette exaltation remonte du tréfonds de mon âme. Qui me la dicte ?...
...

Da pacem Domine

Jésus notre paix, tu viens faire de nous des humbles de l'Évangile. Nous voudrions tellement comprendre que, dans notre vie, le plus clair se construit par la confiance toute simple en Dieu, en Lui la joie de notre coeur.
Frère Roger,
En réponse à nos voeux d'anniversaire pour ses 90 ans
6 juin 2005

Un impact considérable sur les jeunes"

Par le pasteur Jean-Arnold de Clermont,
président de la Fédération protestante de France

Qui était Frère Roger ? Qu'est-ce qui le distinguait au sein de l'église ?
Frère Roger est, à l'origine, un pasteur protestant. En 1940, il crée la communauté de Taizé à laquelle il imprime une direction résolument œcuménique. La communauté de Taizé est toute entière marquée par le combat de cet homme pour permettre aux différentes églises chrétiennes de se rapprocher. Taizé va avoir d'ailleurs un retentissement incroyable, grâce notamment à sa liturgie qui s'inspire des fondements du protestantisme, mais entièrement renouvelée en Français. Le rayonnement de cette communauté va aussi passer par les chants de Taizé. L'"Alléluia" notamment, est connu mondialement et entonné dans les églises partout autour du monde. C'est l'un des symboles les plus forts de cette audience de Taizé dans la chrétienté. Puis il y a une autre étape dans l'histoire de cette communauté. Celle-ci est bien antérieure aux JMJ lancées en 1985 par Jean Paul II. Frère Roger avait la volonté d'orienter tout le travail de Taizé au service de la jeunesse. Il a notamment provoqué des rassemblements de plusieurs milliers de jeunes de par le monde. Chaque années, des dizaines de milliers de jeunes croyants viennent séjourner à Taizé. Elle a un impact incroyable. Il est d'ailleurs dramatique que ce soit une jeune Roumaine déséquilibrée qui l'ait poignardé. Les Roumains sont très croyants, et du printemps à l'automne, Taizé accueille trois ou quatre bus en provenance de Roumanie chaque jour.L'impact de Frère Roger sur les jeunes était véritablement considérable.

Concrètement, qu'est-ce que la communauté de Taizé ? Quel en était l'esprit ?
Ce sont des Frères, venus de tous les pays du monde, Europe, Amérique Latine, Afrique, de toutes confessions, avec tout de même une légère prédominance des catholiques, réunis dans le cadre d'une vie monastique, avec un temps de prière régulier. Une communauté somme toute classique, mais entièrement tournée vers la jeunesse. J'ai été frappé de voir leur capacité à accueillir des jeunes sans culture chrétienne, issus de l'Europe sécularisée, qui a oublié ses racines et sa culture, et qui viennent à Taizé pour trouver un sens à leur vie. J'ai été ébahi de voir leur capacité à rendre la foi accessible. Ils ont trouvé là des gens qui s'intéressaient à eux.Dans les pays nordiques par exemple, la part des croyants dans la population totale est tombée aux alentours de 5%. Il n'y a pas dans ces pays, comme dans la plupart en Europe, de connaissance de la foi. Ces jeunes cherchent quelque chose et à Taizé, ils trouvent.

Est-ce que son successeur désigné, Frère Aloïs, va poursuivre son projet dans le même sens ?
Ce n'est pas une communauté qui ne s'était pas préparée à la succession. Frère Roger était déjà depuis quelques temps très affaibli et nous espérions le voir s'endormir tranquillement dans son lit, mais voilà que ce drame survient et en fait quasiment un martyr. Passons. En réalité, la communauté était dirigée par trois Frères dont Frère Aloïs. Il devrait sans aucun doute poursuivre l'œuvre de Frère Roger. Il ne semble pas qu'il soit dans un esprit de rupture, mais plutôt dans celui d'une grande continuité. Mais c'est un événement très récent et il est toujours difficile de perdre un père fondateur, d'autant plus que Frère Roger continuait à tenir le gouvernail. Mais il sentait que Frère Aloïs serait un continuateur et qu'il bénéficiait d'une excellente reconnaissance de la part des autres membres de la communauté.

Propos recueillis pour le Nouvel Observateurpar Clément Moulet
(le mercredi 17 août 2005)

...Depuis mon adolescence et toute ma vie j'ai souhaité ne jamais condamner personne. Pour moi l'essentiel, vis-à-vis de quiconque, a toujours été de tout comprendre. Quand je parviens à comprendre l'autre, c'est déjà une fête...
Ta fête soit sans fin. 1970.

Frère Roger est entré dans la vie d’éternité

Au cours de la prière du soir du mardi 16 août, au milieu de la foule qui entourait la communauté dans l’Église de la Réconciliation, une femme probablement déséquilibrée a violemment frappé à coup de couteau frère Roger qui est décédé quelques instants après.

La communauté de Taizé est dans la peine et remercie tous ceux qui la soutiennent de leur affection et de leur prière. Le matin du 17 août,
lendemain de la mort de frère Roger, cette prière a été prononcée dans l’église :

« Toi, le Christ de compassion,
tu nous donnes d’être en communion avec ceux qui nous ont précédés, et qui peuvent nous demeurer si proches. Nous remettons entre tes mains notre frère Roger.
Déjà il contemple l’invisible. A sa suite, tu nous prépares à accueillir
un rayonnement de ta clarté. »

Les obsèques de frère Roger seront célébrées mardi 23 août à 14h.

Son corps est déposé dans l’église de Taizé chaque après-midi de 15h. à 19h., pour que tous ceux qui le veulent puissent aller se recueillir auprès de lui.

Voici huit ans, frère Roger avait désigné frère Alois pour lui succéder, après sa mort, comme responsable de la communauté. Frère Alois est entré tout de suite dans son ministère de serviteur de la communion au cœur de la communauté.
Communiqué officiel
publié par la Communauté de Taizé
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