Le 11 février prochain, dimanche de Notre Dame de Lourdes, ma chère petite filleule Domitille prononcera ses voeux définitifs au Prieuré Saint Hugues, à Semur-en-Brionnais, ce merveilleux petit village de la belle Bourgogne, où les Soeurs Apostoliques de Saint Jean ont leur maison-mère. Après de longues années de cheminement, l'enfant délurée et vive qui fut ma première approche du mystère et de la bénédiction de l'enfance pour le jeune adulte étourdi que j'étais ( elle est née en 1979, suivie par l'aînée de mes nièces, dix ans avant mon premier enfant) est aujourd'hui une jeune femme décidée et tout aussi joyeuse, du moins je l'espère...
Les voeux définitifs. L'entrée en religion. Certes, les Soeurs apostoliques, contrairement aux Soeurs Contemplatives, ne sont pas en clôture. elles voyagent et servent les humbles partout dans le monde. Mais quel choix radical dans un univers de tiédeur livré à ses peurs et à ses démissions. Domitille sait où elle va et je crois sentir dans les (trop) rares lettres qu'elle m'adresse une joie ineffable et profonde. La place est-elle toujours faite par ceux qui enseignent les postulantes au discernement ? Toutes les soeurs et tous les frères de la grande et belle famille Saint Jean sont-ils au diapason du bel et joyeux engagement de Domitille ?
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Les petits gris font peur et dérangent. je ne me suis jamais senti du côté des délateurs et des critiques. j'ai certes entendu beaucoup de choses négatives. Un de mes amis, perdu de vue maintenant, brillant journaliste, a quitté "en urgence" la communauté "avant de devenir totalement fou" disait-il. Il a perdu la foi... J'ai rencontré des familles, pourtant engagées, bouleversées par l'état mental et parfois physique de leur enfant... Des associations chrétiennes répandent des témoignages édifiants. Qu'en est-il en vérité ?
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Pour ma part, je sais que ce qui est exigé de ces jeunes gens dépasse aujourd'hui et de loin les exigences attendues et obtenues de la jeunesse. Monde de facilité, d'envie et de permissivité, notre époque moderne, du moins en Occident, s'est éloignée des valeurs fortes qui bâtissent une âme et un corps face aux tentations du monde. Face au diable. Mais si cela part d'une haute idée de l'homme et de sa vocation première qui est de servir ses frères pour mieux servir Dieu, il ne faut pas oublier que, en dépit de l'appel valable pour chacun de nous, nous ne sommes pas et nous ne serons jamais tous des saints. Encore moins des martyrs. Rappelez-vous le texte sur les vocations...
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Pommes de terre et cathédrales.
Ces jeunes moines, ces jeunes moniales ne seront pas tous des Dominique, des Père de Foucaud, des Thérèse de l'Enfant Jésus. C'est aussi de la sainteté que d'avoir l'humilité un jour de se réveiller en se sachant trop pauvre, trop misérable, trop incomplet pour atteindre le haut de l'échelle de Jacob... N'est-ce-pas aussi une manière de sainteté que de reconnaître qu'on est meilleur jardinier que martyr ou ermite ? Me revient en mémoire cette merveilleuse phrase de Guy de Larigaudie: "il est aussi bon de peler des pommes de terre que de bâtir des cathédrales pour le bon dieu"...
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Je ne sais pas si ma chère petite filleule va peler des pommes de terre ou si elle saura bâtir des cathédrales ; je sais seulement que sa foi est ardente et vraie. Je sais que son engagement est fort et pur. Je sais qu'elle est portée par une présence qui ne nous a jamais quitté et qui la guide depuis son enfance. Depuis ce moment très fort où elle regardait en silence la photo de sa petite soeur disparue, glissée sur le miroir du salon quelques heures après l'enterrement...
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Je voudrais cependant croire (que les mots sont faibles et nous piègent à notre insu !) que ce n'est pas d'un deuil qu'est né son engagement, ce renoncement à ce qui justifie la plupart des vies Mis bien plutôt que de ce deuil est né une véritable espérance, une joie profonde et une détermination envoyée de là-haut par le Père.
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Le discernement.
Je voudrais être sûr que le discernement lui a été donné aussi. Je voudrais être sûr que la cérémonie de dimanche sera un couronnement. Je voudrais être sûr que sa joie et son amour féconderont tous ses actes et que ses pas ne cesseront jamais de l'amener vers ses frères, vers les enfants pauvres et malades qu'elle a déjà souvent cotoyé en Roumanie ou ailleurs. Je prierai dimanche pour que son engagement soit un témoignage d'unité et de paix. Et non pas un sacrifice, une fuite.
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J'ai la faiblesse de faire partie de ceux qui croient que la foi et la vie spirituelle ne doivent être que joie et sérénité. Si Soeur Domitille de Jésus apporte à ceux qu'elle sera appelée à aider tout l'amour d'une soeur, d'une mère, si elle sème par son sourire, par son regard, par sa voix l'amour et la paix, alors cet engagement si rare, si fort, sera la justification de tout ce en quoi sa mère et son père croient. Ce sera la justification de toutes ces années d'apprentissage dans une famille aimée et aimante. Ce sera la justification des môts qui furent prononcés à son baptême.
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Avec sa marraine, que j'ai hélas perdu de vue depuis tant d'années, je voudrais avoir été, avec mes faibles moyens, un de ceux qui l'ont amené vers cette paix intérieure qui doit être la base, le départ de toute vie consacrée sans limite à Dieu. Je pense aux paroles de Frère Roger et à l'exemple de ma chère Soeur Viviane : "La jubilation, non pas les gémissements, que tout devienne festif autour de toi... Et s'ouvrent les portes de l'enfance, l'étonnement d'un amour." Cette joie devrait rassurer tous ceux qui sont effrayés par son engagement. Elle sait que suivre le Christ, ce n'est jamais se suivre soi-même. Un jour, elle a compris : Dieu appelait sa résolution sans retour. Dans la joie. Alors, n'ayons pas peur pour elle. Il est avec elle depuis si longtemps.
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S'attarder aux sources intarissables.
"Deviens ce que tu es". C'est à cela que je pensais à ton baptême, petite filleule. Voilà que "c'est aujourd'hui que cela s'accomplit". "Quels que soient tes doutes ou ta foi, ce qui captive, il l'a déjà placé au-devant de toi. Personne ne pouvait répondre à ta place. A toi seule d'oser". Ces paroles de Frère Roger, je les connais par coeur depuis presque trente ans. Je n'ai pas su faire ce choix radical. Peut-être n'y étais-je pas appelé. Mais comme toi, ce qui m'a été donné, c'est la joie. Et cette phrase sans cesse entendue au fond de mon coeur "N'aie pas peur, je suis là". Que ton engagement, ma chère enfant, ne soit que le long poème d'un amour avec Lui. "Non point un poème de facilité, mais jusque dans la grisaille de tes jours, son allégresse et la gaîté elle-même. Sans elles, qui se réaliserait ?"
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Joyeux
d'une infinie reconnaissance,
n'aie jamais crainte de devancer l'aurore (ps 119)
pour louer
et bénir
et chanter
le Christ ton Seigneur


1 commentaires:
ce fut une belle cérémonie, un peu longue pour ceux qui n'ont pas l'habitude de ce genre d'atmosphère (plus de 3 heures !) mais l'Esprit soufflait et tout le monde paraissait bien heureux !
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