20 mars 2007


La semaine avait été très belle. Le printemps était au rendez-vous et dans la chambre, le soleil, l'odeur de l'herbe fraîchement coupée rendaient tout paisible et serein. Maman dormait. Depuis près d'une semaine, elle était plongée dans le coma. Sa respiration se faisait parfois rauque. Elle avait l'air détendue mais quelque chose dans son visage donnait l'impression d'une tension. Comme une lutte. Elle avait cessé de communiquer avec nous le dimanche d'avant. Elle ne se réveillait plus qu'à la voix des infirmières ou du médecin. Ne voulait-elle pas nous faire souffrir ou souffrait-elle de sentir qu'elle allait bientôt être séparée de nous ? Ou bien est-ce la rancoeur d'avoir été dupée ? On ne lui avait rien dit de son état, parlant tous d'une prochaine convalescence, d'un rtour à la maison. Et puis il y avait eu cette sotte, sorte de harpie baba-cool new-age qui tenait alors une épicerie bio près de chez nous et qui était venue la voir. A peine arrivée, pleine de bonnes intentions sans aucun doute, elle lui avait dit "Alors, ça y est, vous allez bientôt voir la lumière !". Cinq minutes plus tard, maman tombait dans une inconscience agitée et fébrile... Le pasteur et le prêtre qui venaient régulièrement la voir avaient jugé que sa fragilité nécessitait d'éviter le sujet...

Elle avait passé les derniers jours à lire un peu, quand je venais la voir, nous allions nous promener dans le jardin. Le parc de Bagatelle était splendide, partout des fleurs écloses, des arbres en fleur. La rémission fut de courte durée.

Puis arriva le 20 mars. Elle mourut doucement, comme un souffle qui s'éteind. Lorsque j'arrivais, prévenu par mon frère qui l'avait veillé, je la trouvais enfin apaisée. Son visage avait retrouvé ses couleurs. Elle semblait sourire. Les infirmières la vêtirent de sa plus belle robe que nosu avions acheté ensemble. Une broche en or tenait sur l'épaule une étaule. La famille défila. Tous très tristes, sa soeur, ses nièces et neveux, ses beaux-frères et ses belles-soeurs, ses amies... Personne n'avait voulu imaginer ce moment si terrible. Il faisait très beau ce samedi-là. Laissant tout le monde, je me suis échappé un instant. Mes pas m'ont conduit vers la chapelle, sous les toits. Un lieu paisible où j'étais venu souvent pendant les longs mois que notre mère passa en soins palliatifs à Bagatelle. Maintenant tout était fini. Marié, père de deux enfants, attendant le troisième, je n'étais plus le petit enfant qui a besoin de sa mère. Pourtant sa mort me laissait vide, seul, anéanti. j'avais eu le temps de faire d'avance mon deuil cependant là, face à la réalité de ce départ, je me sentais perdu. La lecture ses psaumes m'apaisa et mon chagrin bien vite s'effaça. Ce moment de paix dans la petite chapelle de Bagatelle est une des étapes fondamentales de ma vie spirituelle. Je ne l'ai su que bien plus tard...

L'office religieux eut lieu quelques jours plus tard dans l'église où elle fut baptisée, où ses parents s'étaient mariés, à Sainte Clotilde du Bouscat. L'assemblée était nombreuse, montrant combien maman était aimée et appréciée. Beaucoup de fleurs. La cérémonie fut très belle, très sobre. C'était le 20 mars 1993. Il y a quatorze ans déjà...

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