Voilà un homme qui respirait à plein avec les "deux poumons" de la foi chrétienne, l'Orient et l'Occident, Byzance et Rome. Avec lui, on passait des Pères de l'Eglise grecque à l'orthodoxie russe martyrisée sous Staline, des guerres d'un Proche-Orient en proie à tous les intégrismes à celles des Balkans dont il connaissait chaque épisode tragique. Olivier Clément est mort jeudi 15 janvier à Paris, à l'âge de 87 ans.Historien, théologien, il pouvait être considéré, dans la veine des grands mystiques, comme le maître spirituel de l'orthodoxie en Occident, fils spirituel de Nicoals Berdiaev et Vladimir Lossky, respecté, voire vénéré en France comme à Constantinople, à Damas et au Liban.
Si l'orthodoxie est parfois synonyme de fascination pour le passé et la tradition, de repli sur soi et de méfiance vis-à-vis des "frères" séparés du catholicisme et du protestantisme, il était au contraire, reconnu et estimé dans toutes les confessions. Toute sa vie, il se sera révélé un passeur, un homme de dialogue entre le monde croyant et l'incroyance, entre la spiritualité intérieure et le monde extérieur, entre l'orthodoxie dans ce qu'elle a de plus vénérable, voire archaïque, et la modernité la plus avancée.
Son histoire est celle, d'abord, d'une conversion. Il naquit en 1921 au coeur des Cévennes, théâtre de tant de blessures religieuses. Ses ancêtres sont à la fois des protestants et des catholiques, mais il grandit dans un milieu déchristianisé, agnostique, anticlérical. Il n'est pas baptisé, ne reçoit aucune instruction religieuse. Son environnement est marqué par le "paganisme et l'athéisme militant socialiste", où la mort n'est que le néant, Dieu une invention des hommes et Jésus un mythe.
Son histoire est celle, d'abord, d'une conversion. Il naquit en 1921 au coeur des Cévennes, théâtre de tant de blessures religieuses. Ses ancêtres sont à la fois des protestants et des catholiques, mais il grandit dans un milieu déchristianisé, agnostique, anticlérical. Il n'est pas baptisé, ne reçoit aucune instruction religieuse. Son environnement est marqué par le "paganisme et l'athéisme militant socialiste", où la mort n'est que le néant, Dieu une invention des hommes et Jésus un mythe.
Converti, il ne méprisera jamais ces origines. Adolescent, il dévore la Bible autant que les poètes, Raine Maria Rilke entre autres. Très tôt, il fait l'expérience de ce que la mystique chrétienne appelle les "ténèbres", l'angoisse de l'homme devant le mystère de Dieu et de l'existence. A l'université de Montpellier, il plonge dans l'histoire des grandes religions et des civilisations. Il a pour professeurs d'illustres maîtres repliés dans le Midi à cause de la seconde guerre mondiale. Grâce à eux, il découvre les Pères de l'Eglise et l'anthropologie des religions.
Après avoir passé l'agrégation d'histoire en pleine guerre, il se retrouve dans le maquis, sans cesser de lire Kierkegaard, Newman, Heidegger ou Chestov. Il fait la rencontre de sa vie avec les théologiens et laïcs chrétiens issus de l'émigration russe comme Paul Evdokimov, et fait ainsi son entrée dans un autre univers fascinant, celui de la mystique orthodoxe. Olivier Clément découvre le mystère de la sainte Trinité, tout ce qu'il avait jusqu'ici cherché, à la fois la singularité de la personne humaine et la profusion de la grâce et de la transcendance divine.
Après avoir passé l'agrégation d'histoire en pleine guerre, il se retrouve dans le maquis, sans cesser de lire Kierkegaard, Newman, Heidegger ou Chestov. Il fait la rencontre de sa vie avec les théologiens et laïcs chrétiens issus de l'émigration russe comme Paul Evdokimov, et fait ainsi son entrée dans un autre univers fascinant, celui de la mystique orthodoxe. Olivier Clément découvre le mystère de la sainte Trinité, tout ce qu'il avait jusqu'ici cherché, à la fois la singularité de la personne humaine et la profusion de la grâce et de la transcendance divine.
... "Dieu est venu me chercher".
Sa conversion à l'orthodoxie est le fruit de ses lectures répétées de Dostoïevski et de Berdiaev, de sa prière au pied d'une icône trouvée chez un antiquaire à Paris, réunissant dans un triptyque Jésus, Marie et Jean-Baptiste. Un événement qu'il traduit ainsi : "A un moment donné, Dieu est venu me chercher et je l'ai suivi. J'ai mis entre parenthèses tout ce que je savais sur les religions. Je lui ai fait confiance." Il est baptisé à l'âge de 30 ans. Professeur au lycée Louis-le-Grand, à Paris, il enseignera aussi pendant près de quarante ans à l'Institut Saint-Serge. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, à la fois poétiques, spirituels, historiques, écrits dans une langue souvent lyrique.
Il s'est imposé progressivement comme la voix de l'orthodoxie, une voix qui retentira bien au-delà de la France. Jean-François Colosimo, lui aussi professeur à Saint-Serge, le définira comme "l'homme qui a réussi à faire passer l'orthodoxie orientale en France et le message de l Occident dans les Eglise d'Orient".
Les entretiens qu'il publie dans les années 1970 avec Athénagoras (1886-1972), patriarche de Constantinople, l'homme de la réconciliation avec Paul VI et de la fin des anathèmes contre Rome, est un témoignage de cette brève période d'oecuménisme fusionnel qui suivit le concile Vatican II (1962-1965).
Grâce à Olivier Clément, l'orthodoxie trouve une place dans l'intelligentsia française. Il est l'ami des poètes comme Pierre Emmanuel. Dans le séisme qui suit Mai 68, il est de ceux qui deviendront les hérauts d'une sorte de christianisme libre, voire libertaire.
Au Proche-Orient, il est aussi l'ami du patriarche d'Antioche, Ignace Hazim, qui dialogue avec l'islam et les autres Eglises, et de tous ces intellectuels orientaux. Il jouit d'un grand prestige aussi dans l'Eglise roumaine, sous le joug de la dictature, puis libérée, attirée, en raison de sa part de culture latine, par une orthodoxie moderne. Il sera le porte-parole d'une orthodoxie ouverte au monde et au dialogue oecuménique. Il entretient de bonnes relations avec Paul VI, puis Jean-Paul II, ce qui lui vaut de passer pour un dangereux papiste chez les orthodoxes les plus bornés.
On ne trouvera aucun observateur à la fois aussi critique envers les scléroses de l'orthodoxie et aussi émerveillé par les trésors de son patrimoine liturgique, sa tradition ascétique et monastique.
Il s'est imposé progressivement comme la voix de l'orthodoxie, une voix qui retentira bien au-delà de la France. Jean-François Colosimo, lui aussi professeur à Saint-Serge, le définira comme "l'homme qui a réussi à faire passer l'orthodoxie orientale en France et le message de l Occident dans les Eglise d'Orient".
Les entretiens qu'il publie dans les années 1970 avec Athénagoras (1886-1972), patriarche de Constantinople, l'homme de la réconciliation avec Paul VI et de la fin des anathèmes contre Rome, est un témoignage de cette brève période d'oecuménisme fusionnel qui suivit le concile Vatican II (1962-1965).
Grâce à Olivier Clément, l'orthodoxie trouve une place dans l'intelligentsia française. Il est l'ami des poètes comme Pierre Emmanuel. Dans le séisme qui suit Mai 68, il est de ceux qui deviendront les hérauts d'une sorte de christianisme libre, voire libertaire.
Au Proche-Orient, il est aussi l'ami du patriarche d'Antioche, Ignace Hazim, qui dialogue avec l'islam et les autres Eglises, et de tous ces intellectuels orientaux. Il jouit d'un grand prestige aussi dans l'Eglise roumaine, sous le joug de la dictature, puis libérée, attirée, en raison de sa part de culture latine, par une orthodoxie moderne. Il sera le porte-parole d'une orthodoxie ouverte au monde et au dialogue oecuménique. Il entretient de bonnes relations avec Paul VI, puis Jean-Paul II, ce qui lui vaut de passer pour un dangereux papiste chez les orthodoxes les plus bornés.
On ne trouvera aucun observateur à la fois aussi critique envers les scléroses de l'orthodoxie et aussi émerveillé par les trésors de son patrimoine liturgique, sa tradition ascétique et monastique.
Dans un article publié dans Le Monde en 1993 et resté célèbre, il est l'un des premiers à dénoncer la dérive populiste et nationaliste de l'Eglise orthodoxe de Russie après la dislocation de l'empire soviétique. De même, après le démantèlement de la Yougoslavie, se montre-t-il sévère avec ses coreligionnaires engagés dans les guerres des Balkans - entre la Serbie orthodoxe et la Croatie catholique, en Bosnie, plus tard au Kosovo.
Olivier Clément a présidé l'Association des écrivains croyants d'expression française, qui regroupe des écrivains juifs, chrétiens et musulmans.
Plus qu'aucun autre, il aura eu conscience des dérives nationalistes engendrées par le lien historique et théologique entre religion et nation, en Russie, en Grèce, en Serbie... Il laissera le souvenir d'un homme qui aura plaidé pour une conception libre de l'orthodoxie dans un monde pluriel et libre. Il savait que, dans les volutes d'encens de ses églises, sous l'or de ses coupoles et de ses iconostases, elle risque de devenir une religion de musée. Mais il eut en permanence avec l'orthodoxie une relation de tendresse exigeante, toujours lucide.
Olivier Clément a présidé l'Association des écrivains croyants d'expression française, qui regroupe des écrivains juifs, chrétiens et musulmans.
Plus qu'aucun autre, il aura eu conscience des dérives nationalistes engendrées par le lien historique et théologique entre religion et nation, en Russie, en Grèce, en Serbie... Il laissera le souvenir d'un homme qui aura plaidé pour une conception libre de l'orthodoxie dans un monde pluriel et libre. Il savait que, dans les volutes d'encens de ses églises, sous l'or de ses coupoles et de ses iconostases, elle risque de devenir une religion de musée. Mais il eut en permanence avec l'orthodoxie une relation de tendresse exigeante, toujours lucide.
D'après l'article de Henri Tincq paru dans l'édition du Monde du 20 janvier 2009


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