10 avril 2009

Au reposoir


La nuit tombée gardait le souvenir de la belle journée ensoleillée. L'air était doux, le ciel dégagé. Beaucoup de monde dans les rues mais bien peu parmi cette population occupée semblait pénétrée de l'esprit qui devrait pourtant imprégner l'atmosphère et rendre nos gestes et nos actions plus mesurés, nos paroles retenues et notre regard comme voilé par la proche passion de Notre Seigneur. C'est le jour ou Jésus lava les pieds de ses disciples. Jeudi saint. Dans toutes les églises du monde, les tabernacles sont vides. Ce trou béant au coeur de nos temples est aussi une immense blessure dans nos coeurs... Je traversais donc la ville pour me rendre à Saint Paul, au couvent des dominicains où le reposoir était ouvert à l'adoration des fidèles jusqu'à minuit. Dans la nef peu éclairée, une cinquantaine de personnes étaient restées après la messe pour écouter les textes lus par les frères. Dans une chapelle latérale on a dressé le reposoir, magnifique velum de toile rouge orné de galons d'or, l'autel débordant de fleurs blanches et de feuillages, avec deux magnifiques guirlandes de lys et de verdure, des cierges et deux anges de chaque côté du reposoir, rutilant. L'impression de pénétrer l'atmosphère pleine de gloire et de piété des peintres du XVIIe siècle... A la beauté immédiate, visible, voulue par les frères, se rajoutait cette atmosphère particulière aux lieux de prière, la nuit quand, posée au milieu de la ville, au milieu du monde, ils semblent capter une énergie différente mais pourtant partie intégrante de leur environnement. Non pas hors du monde, mais en lui et au-delà de lui. Le sielnce, le peu de lumière, les parfums, tout concourt bien sûr à rendre cette impression de paix et de sérénité. Nous avons prié , chacun avec ses mots, ses attitudes jusqu'à minuit. Certains étaient à genoux, d'autres le front contre le sol, d'autres sur les bancs, sur des chaises. Quelque chose de fort, comme chaque année se répandait parmi nous et montait, remplissant les lieux comme les volutes d'encens qui se répandent dans la nef au moment des offices. Il était là, dans ce petit placard de marbre et de cuivre, entouré de fleurs aux parfums enivrants. Et me revint à l'oreille le célèbre choral de la passion selon St Matthieu de Johann Sebastian Bach que nous chanterons demain à l'office du Vendredi Saint. J'aurai pu rester là toute la nuit, dans ce silence si plein, face à Lui, totalement présent et à la fois tellement douloureusement loin. Et ces paroles qui résonnaient en moi...

"Mache dich, mein Herze, rein,
Ich will Jesum, selbst begraben.
Denn er soll nunmehr in mir
Für und für
Seine süsse haben.
Welt, geh aus, lass Jesum ein !"

1 commentaires:

Pierre a dit…

beau texte très émouvant !

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